Chronique | Quel genre de DG seras-tu, Mathieu Darche?
Il était tout à fait fascinant, jeudi avant-midi, de regarder la première conférence de presse de Mathieu Darche à titre de directeur général et vice-président des Islanders de New York. Plusieurs penseurs et philosophes croient que chaque être humain est la somme totale des expériences et des moments déterminants qu’il a vécus. Si c’est vraiment le cas, Darche sera un directeur général très particulier parce que son cheminement l’a aussi été. J’ai rencontré Mathieu Darche pour la première fois durant l’été 2007. L’ancien attaquant de McGill venait alors de donner un coup de barre à sa carrière de hockeyeur. Après avoir connu une saison remarquable (35-45-80) avec le club-école des Sharks de San José dans la Ligue américaine, Darche avait reçu une offre de contrat décevante de la part de cette organisation. À l’aube de la trentaine, et après avoir surtout fait carrière dans la Ligue américaine, il avait ainsi décidé de se prévaloir de son droit à l’autonomie. Et à sa grande satisfaction, le Lightning de Tampa Bay lui avait proposé le genre d’entente qu’il recherchait. Pour se préparer en vue du très exigeant camp d’entraînement mené par John Tortorella, Darche s’était joint à une dizaine de joueurs de la LNH qui s’entraînaient à Rosemère et dont la préparation estivale était supervisée par Stéphane Dubé. Et c’est au sein de ce groupe, en côtoyant Ian Laperrière, que Darche avait véritablement découvert en quoi consistait la vie d’un athlète professionnel. Laperrière était alors reconnu comme l’un des athlètes les plus vaillants de la LNH en matière de discipline personnelle et d’entraînement. Aux yeux de plusieurs, il était une véritable machine. Ian Laperrière a été une rencontre déterminante dans la carrière de Mathieu Darche. Photo : Getty Images / Christian Petersen Cette expérience déterminante nous en dit probablement un bon bout sur le genre de standards que les joueurs de l’organisation des Islanders devront dorénavant maintenir en matière de préparation physique. *** Au camp du Lightning de l’automne 2007, en raison de son âge et de son statut de joueur de carrière des ligues mineures, Darche avait très peu de chance de se tailler un poste dans la LNH. Mais il a eu le privilège de tomber au cœur d’une pure méritocratie. Cette valeur l’a aussi profondément marqué. En fait, elle a changé sa carrière et sa vie. Après avoir connu un très bon camp avec le Lightning, Darche a été convié au bureau de John Tortorella, et l’entraîneur lui a clairement annoncé ses couleurs. John Tortorella (à gauche) a dirigé l'entraîneur-chef du Canadien Martin St-Louis (à droite) avec le Lightning, mais aussi le nouveau DG des Islanders, Mathieu Darche (absent de la photo). Photo : Associated Press / GENE J. PUSKAR Une douzaine d’années plus tard, quand il revenu chez le Lightning à titre de membre de la direction, Darche a côtoyé un directeur général et un mentor (Julien BriseBois) qui adhérait exactement à cette philosophie. Chez le Lightning, la devise est que chacun doit mériter ce qu’il obtient (You eat what you kill). Il y a donc lieu de croire que cette valeur sera très importante à Long Island. *** En 2009, Mathieu Darche est âgé de 32 ans. Guy Boucher vient d’être nommé entraîneur-chef des Bulldogs de Hamilton, le club-école du Canadien. Boucher connaît Darche depuis longtemps et, en tant qu’entraîneur recrue dans les rangs professionnels, il veut miser sur un vétéran fiable. Les Bulldogs, dont le DG est un jeune avocat appelé Julien BriseBois, embauchent alors Darche. Le destin tisse doucement sa toile. L’attaquant ne se fait pas d’illusions. À son âge, il comprend que son rôle consiste à aider au développement des joueurs de l’organisation. Mais Boucher rappelle son joueur à l’ordre quand il verbalise cette impression. Effectivement, Bob Gainey le rappelle à Montréal vers la mi-saison afin de fouetter quelques joueurs de soutien du CH qui semblent se la couler douce. Darche termine la saison 2009-2010 à Montréal. Et la saison suivante, à 34 ans, il signe le premier et seul véritable contrat de la LNH de sa carrière. Mathieu Darche a joué 250 matchs dans la LNH, dont 149 avec le Canadien. Photo : Getty Images / Richard Wolowicz Au terme de la campagne 2011-2012, sa troisième chez le Canadien, cette association prend fin. Mais Darche reste quand même dans le feu de l’action. Durant le lock-out de la saison 2012-2013, il s’implique dans l’équipe de négociation de l’Association des joueurs. C’est son premier véritable contact avec les affaires du hockey. Je ne peux pas citer Darche avec exactitude sur cette autre expérience marquante de sa carrière parce que nous n’en avions pas discuté dans le cadre d’une entrevue formelle à l’époque. Mais je me souviens clairement qu’il ne s’était pas senti emporté par le militantisme de certains de ses confrères de l’AJLNH. Plutôt pragmatique, ce diplômé de McGill en marketing et en affaires internationales passera beaucoup de temps durant cette période de négociations à tenter d’établir des canaux de communication et de dialogue avec les représentants des propriétaires. Après les négociations, Darche ne parvient toutefois pas à décrocher un contrat en vue de la saison 2012-2013. Il a 35 ans. Les Devils du New Jersey lui accordent toutefois une sorte de période d’essai. Il s’entraîne avec cette équipe en attendant de voir si un poste deviendra disponible et si la conclusion d’une entente deviendra possible. Il n’obtient finalement pas de contrat et se retrouve poussé à la retraite. Mais durant ses quelques semaines passées au New Jersey, Darche a plusieurs fois l’occasion de s’asseoir avec Lou Lamoriello et de discuter avec lui des affaires du hockey. Il apprécie particulièrement ces moments. Incroyablement, 12 ans plus tard, c’est Darche qui succède à Lamoriello aux commandes des Islanders! Lou Lamoriello a été remercié en avril dernier par les Islanders. Photo : Getty Images / Bruce Bennett *** Après avoir travaillé un brin comme analyste à RDS, Darche se fait offrir un important poste de vice-président national des services d’expédition de Delmar International. Il n’a alors aucune connaissance au milieu du fret international, mais il apprend vite. Son nouveau poste l’amène à gérer d’immenses ressources humaines et à optimiser un réseau d’expédition mondial. Il fait le tour du globe. Et pour Lui-même issu du hockey scolaire (il a fréquenté une école préparatoire aux États-Unis), Darche finit par normaliser les relations du hockey scolaire avec la fédération. En mai 2019, Julien BriseBois cause une surprise en embauchant son ancien joueur des Bulldogs de Hamilton comme directeur des opérations hockey. Au fil des ans, le DG du Lightning se montre constamment fort élogieux lorsqu’il parle de la contribution de Darche. Julien BriseBois, directeur général du Lightning de Tampa Bay Photo : Getty Images / Bruce Bennett BriseBois, un avocat de formation qui n’était pas issu du milieu du hockey avant d’être embauché par le Canadien, estime que Darche est nettement mieux équipé que lui-même l’était à ses débuts. L’expérience de hockeyeur de Darche et son expérience de gestionnaire au sein d’une compagnie en constante mouvance et comptant 1000 employés autour du globe sont à ses yeux inestimables. Durant ses six années chez le Lightning (il a été promu directeur général adjoint il y a un peu plus de deux ans), Darche a été bien préparé par son mentor. Il a touché aux décisions concernant le personnel et veillé à la gestion du plafond salarial. Il a aussi été mêlé aux décisions budgétaires, à la planification des activités de l’équipe et aux négociations de contrat. Lors d’une de nos discussions, BriseBois soulignera par ailleurs l’une des qualités qu’il apprécie le plus chez Darche. « Il y a beaucoup de choses que nous faisons en tant qu’organisation et que nous répétons d’année en année sans trop nous poser de questions. Et Mathieu a le don de toujours arriver avec cette question, avec un regard neuf : Pourquoi est-ce qu’on fait telle ou telle chose de cette façon? » Ce dont il faut aussi se rappeler, c’est que Darche a appris les rouages de la gestion d’une équipe de la LNH aux côtés d’un des DG les plus visionnaires et audacieux de la LNH, et probablement du sport professionnel nord-américain. Si Darche a bel et bien été marqué par ses expériences passées, il y aura donc pas mal de choses qui changeront chez les Islanders de New York.
Ian et moi faisions partie du groupe des "pères de famille". Nous étions au gymnase à 8h tous les matins. J’ai développé une belle relation avec lui et il m’a constamment poussé.
Ma carrière a pris une autre tournure à ce moment-là. En tant qu’athlète, je suis passé à un autre niveau. Et pour la première fois de ma vie, je suis réellement devenu un joueur de la LNH
, me confiait-il dans le cadre de la rédaction du livre Confessions sportives.Darchy, je vais être franc avec toi. Je ne savais même pas qui tu étais au début du camp. Tu t’es présenté ici, tu as eu de bons résultats lors des tests physiques et, à cause de cela, tu as connu de bons matchs préparatoires. Tu commences la saison avec nous. Tu l’as mérité!
, a lancé Tortorella.
C’était la première fois que je me retrouvais devant un entraîneur qui se foutait de l’âge des joueurs, ou de facteurs comme le rang de repêchage ou la manière dont un athlète avait été acquis par son directeur général. Il n’appuyait son jugement que sur ce qu’il voyait sur la patinoire
, racontait Darche, qui est souvent revenu sur cet épisode lors de nos conversations au fil des ans. Tu dois rêver à la LNH comme les autres!
, insiste l’entraîneur, qui reprend ainsi le thème de la méritocratie. 

passer le temps
, malgré ses responsabilités professionnelles, il accepte la présidence de la Ligue de hockey préparatoire scolaire! Le hockey québécois traverse alors une période noire. Les dirigeants de Hockey Québec, dont la structure est historiquement civile, déploient mers et monde pour empêcher l’émergence du hockey scolaire. 
Advertising by Adpathway









